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Julee Cruise – Floating into the night [Chronique]

Écrit par sur 2 avril 2018

Quand le premier album de JULEE CRUISE sort dans les bacs en 1989, c’est presqu’en catimini. Rien n’indique alors sur la pochette qu’il s’agit d’une sorte de Bande Originale alternative de Twin Peaks, la mythique série que diffusait M6 à la même époque et qui a si profondément marqué la communauté des lycéens romantiques dont je faisais partie. Le lien entre Floating Into The Night et le chef-d’oeuvre télévisuel de David Lynch et Mark Frost est d’autant moins évident que venait de paraître un peu plus tôt la BO officielle de Twin Peaks. La chanteuse américaine JULEE CRUISE a beau apparaître dans les séquences de la série se déroulant dans le bar de la ville et y interpréter deux ou trois chansons de son album, personne à l’époque ne connait son nom.
En 1986, on avait pourtant apprécié sa voix angélique dans le slow éthéré Mysteries of Love qui figurait dans la BO de Blue Velvet, l’autre film emblématique de David LYNCH considéré à juste titre comme la matrice de la série Twin Peaks. Cette chanson d’Angelo BADALAMENTI, compositeur attitré du cinéaste, est d’ailleurs intégrée à l’album qui occupe cette chronique, une façon de souligner son étroite parenté avec les 9 autres chansons de Floating Into The Night, elles aussi co-signées Lynch (pour les paroles) / Badalamenti (pour la musique).

Le tandem Lynch/Badalamenti, aussi magnétique que ceux de Fellini/Rota et Leone/Morricone, atteint ici sa quintessence. Ceux qui adorent les BO de ces deux artistes hors du commun, et qui seraient malgré tout passés à côté du disque de la mystérieuse JULEE CRUISE auraient intérêt à jeter leurs deux oreilles sur ce disque.

L’atmosphère envoûtante qu’il dégage est le suc dont sont extraits deux motifs récurrents de Twin Peaks : l’amour et la nuit. Une fois écartée l’enquête menée par l’agent farfelu Dale Cooper et les anecdotes sordides relatives à la vie dissolue de Laura Palmer, il ne reste de la série que son environnement forestier sur lequel la nuit vient déposer sa lourde cape et y abriter les amours naissantes, les premiers effleurements, les murmures et les premières déchirures du coeur. Vous l’aurez compris, Floating Into The Night est une ode éthérée à la nuit, berceau des amours défuntes. 10 chansons. 10 slows. Autant de peines de coeur.

L’amour demeurant le cliché le plus éculé de l’art populaire, les réfractaires à la mièvrerie sentimentale seraient en droit d’accueillir le programme de cet album avec la plus grande circonspection. Ce serait méconnaître le talent inimitable d’Angelo Badalamenti qui n’a pas son pareil pour trousser des mélodies classieuses et faire jaillir la poésie d’un matériau musical au demeurant fort simple. En effet, il développe ici dix variations autour d’un même thème en imbriquant l’amour et la nuit. Rien de mieux que des synthés langoureux et aériens pour offrir un écrin au souffle amoureux. « Remember » à ce titre offre dans sa partie centrale un pont totalement inattendu quand des percussions légères s’emballent pour souligner l’envol d’une flûte en pâmoison tandis que Julee Cruise s’enflamme dans un aparté a-tonal traduit par les vers suivants : « It is a dream / You and me / It can’t be real/ I never felt a wind /So happy so warm /That sent seven little red birds up my spine /Singing. ». Il est évident que l’envol des percussions et de la flûte et le texte sont une métaphore magnifique de l’orgasme. Splendide moment. Des fulgurances de ce calibre, l’album n’en manque pas. De même, dans la chanson « I float Alone », où Julee Cruise pleure son âme errante après une rupture amoureuse qui la voit se dissoudre dans la nuit éternelle des coeurs brisés, Angelo Badalamenti nous donne à ressentir l’expérience des mots avec sa musique qui, de manière impressionnante, se voit totalement noyée par une montée en puissance de la nuit. La force évocatrice de cet instant est d’autant plus marquante que les moyens mis en oeuvre restent simples : quelques accords martelés de piano alternant les graves et les aigus, des grincements de synthés métalliques et le linceul d’un souffle glaçant. Il n’en faut pas davantage pour nous projeter au coeur de la tourmente qui sévit chez cette femme littéralement absorbée par la nuit. La musique de Badalamenti emprunte ses accents mélancoliques aux Slows de Roy Orbison et de Chris Isaac son émule, notamment dans l’emploi parcimonieux autant que judicieux d’une guitare électrique aux arpèges déglingués du plus bel effet. La section rythmique flirte davantage avec le Smooth jazz (jazz de minuit) et privilégie les percussions légères, l’ensemble baignant dans une atmosphère feutrée.

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